LA PLACE À CÔTÉ DE LA FENÊTRE DE FANNY TOULEMONDE

Présentation par Claude Fernandez

La nouvelle primée par le concours 2005 Sol'Air pourra satisfaire les amateurs les plus exigeants, aussi bien par la qualité de l'écriture que par l'ornement le plus caractéristique de ce genre difficile: la chute. Une chute bien loin de tout effet superficiel ou simplement gracieux s'apparentant au concetto, mais au contraire une chute empreinte de gravité qui nous laisse sous le charme, suspendus à notre réflexion. Et une écriture qui rompt avec le prosaïsme inhérent au registre discursif. Sensibilité vibrante, exacerbée, passionnée d'une amoureuse transie. Sensibilité féminine inquiète, aussi fervente qu'elle est humble, aussi discrète qu'elle est secrète. Une âme qui se noie dans le silence et l'abnégation. Une âme figée en elle-même, s'oubliant dans son altérocentrisme, sa souffrance, son délaissement, son dépérissement, n'osant même exprimer son désespoir à l'être aimé qui la néglige. L'immobilité, le mutisme ne sont-ils expression la plus élevée de l'amour? La révélation finale nous interpelle. Objets inanimés, avez-vous donc une âme? a dit le poète. Êtres inermes, n'avez-vous pas une sensibilité? Et s'il ne s'agissait pas d'une image? Ne s'agirait-il plutôt d'une allégorie? Nous tournoyons dans le vague et l'impalpable... Merci à Fanny Toulemonde d'avoir fourni cette très belle page aux lecteurs de Sol'Air.